M. Marc Lortie
Le Canada sera l'invité de la cérémonie des Trophées APAJH, le 9 juin 2008. M. Marc Lortie, Ambassadeur du Canada en france, nous a accordé cet entretien pour présenter son pays.
• Votre pays fait figure de précurseur en matière de reconnaissance des droits des personnes en situation de handicap. Comment vivent les personnes en situation de handicap au Canada ?
La question de l’intégration de nos personnes handicapées est importante pour les Canadiens. En 2006, 4,4 millions de mes compatriotes ont déclaré une incapacité. Lorsque l’enjeu porte sur près de 15% de la population, cette question devient essentielle. Et elle figure, à juste titre, au cœur du projet de société canadien.
Mon pays, en effet, a été l’un des tout premiers au monde à intégrer la protection des personnes handicapées dans sa constitution. Nous avons un texte fondateur de notre ‘contrat social’, la fameuse Charte canadienne des droits et libertés. Ce texte, qui a régi toute la jurisprudence et les lois sur le handicap, interdit, dans l’article 15, la discrimination fondée sur la déficience mentale ou physique, et ce où que ce soit au Canada.
• Quel est le rôle de l’Etat fédéral dans cet effort collectif ? Comment arrivez-vous à obtenir une homogénéité de la politique en faveur du handicap sur tout le territoire canadien ?
Comme souvent pour les politiques sociales au Canada, celles qui concernent les personnes handicapées relèvent à la fois des compétences municipales, provinciales et fédérales. Mais les trois niveaux de gouvernement travaillent ensemble pour coordonner leurs actions entre elles, mais aussi avec les secteurs associatif et privé pour favoriser l’intégration des personnes handicapées partout dans notre société.
Le gouvernement fédéral a un rôle central dans ce paysage complexe. Il arrête les politiques pour améliorer l’intégration des personnes handicapées, soutient les associations du secteur et promeut le principe de citoyenneté. Ce dernier point est, à mon sens, déterminant. Car notre objectif, en regroupant nos programmes, est d’améliorer l’autonomie, mais aussi l’autodétermination.
Pour soutenir notre approche centralisatrice, toute une série d’outils ont été développés, des crédits d’impôts à l’attribution de prestations. Mais j’aimerais citer quelques exemples originaux : la création d’un portail Web de gouvernement en ligne, Service Canada, pour les personnes handicapées, la définition de normes d’accessibilité universelle pour garantir l’accès équitable à tout contenu sur les sites du gouvernement du Canada ou encore nos politiques de discrimination positive en faveur des personnes handicapées au sein des entreprises. Sur ce dernier point, quelques précisions : pour être éligibles à l’octroi de contrats publics, les entreprises canadiennes sont tenues de produire un rapport annuel sur la représentativité de la diversité de la société canadienne au sein de son personnel. Or, les personnes handicapées participent bien de cette diversité…
• Les provinces canadiennes appuient leur politique d’éducation sur les lois fédérales qui assurent à tous les enfants un enseignement dit « approprié ». Qu’entendez-vous par ce terme et quel bilan est fait en matière de scolarisation des enfants en situation de handicap ?
Depuis les années 1980, les réformes de l’éducation ont permis de transformer l’intégration des enfants handicapés dans le système scolaire. Les provinces canadiennes ont aujourd’hui des lois sur l’instruction publique qui assurent à tous les élèves l’accès gratuit à un enseignement « approprié ».
Au-delà du concept, retenons surtout ceci : la majorité des quelques 155,000 enfants handicapés de 5 à 14 ans reçoivent un enseignement général dans des établissements classiques. Le Canada a davantage mis l’accent sur l’intégration des enfants handicapés dans leur collectivité et leur accès à l’enseignement général hors d’établissements spécialisés. Nous remarquons que l’enseignement dans les structures spécialisées concerne surtout les enfants souffrant de troubles de l’apprentissage, de la communication, du développement ou des troubles affectifs. Les limitations physiques ne sont pas un obstacle à l’intégration en milieu scolaire classique.
• Quelles initiatives sont prises en faveur de l’accessibilité à la culture et aux loisirs ?
Les loisirs sont une composante-clé de la socialisation et de l’intégration que le gouvernement du Canada entend ne pas négliger. A commencer par le sport, élément si central de notre culture. En 2006-2007, Sport Canada a débloqué 12.5 millions de dollars pour les programmes de sport destinés aux personnes handicapés (soit 8% du budget du ministère). Ces financements visent surtout à faciliter l’accès au sport des personnes handicapées. Rappelons que le Canada s’est engagé, pour les prochains Jeux Olympiques d’hiver qu’il accueillera en 2010 à Vancouver, à proposer les jeux les plus accessibles de l’histoire de l’olympisme. Rappelons que le maire de Vancouver, Sam Sullivan, est lui-même handicapé.
Au chapitre de la culture, je pense surtout aux initiatives originales de Bibliothèque et Archives Canada qui a mis sur pied Amicus, catalogue gratuit des fonds des bibliothèques sur l’ensemble du Canada incluant les supports de substitution : ouvrages en braille, livres parlés, livres imprimés en gros caractères, etc.
Pour le reste, rappelons que, comme tous les sites et transports publics au Canada, les structures culturelles, qu’il s’agisse de musées, de cinémas ou de théâtres, sont accessibles aux personnes à mobilité réduite.
• Les systèmes français et canadien semblent très différents. Néanmoins, voyez-vous de quelles mesures et systèmes mis en application en France le Canada pourrait s’inspirer ?
C’est aux structures et associations françaises de déterminer ce qui, au Canada, pourrait mériter d’être développer ici ! Mais, je suis profondément convaincu que l’échange permet toujours d’identifier réciproquement de bonnes pratiques, de bonnes solutions. Je crois qu’en raison de leur culture, de leurs valeurs, le Canada et la France trouvent l’un chez l’autre d’intéressantes sources d’inspiration. Même s’il appartient à chacun d’élaborer sa propre recette, son propre modèle…
• Vous avez accepté de vous associer aux Trophées APAJH 2008 qui rendront hommage à votre pays. Qu’attendez-vous de ce partenariat ?
Les Trophées de l’APAJH sont un formidable rendez-vous que nous avons hâte de vivre ! Nous sommes honorés et particulièrement touchés que l’APAJH ait souhaité s’associer au Canada pour l’édition 2008 des Trophées et de rendre hommage à certaines de nos initiatives, à nos acteurs qui, chaque jour, travaillent à améliorer l’intégration des personnes handicapées. De ce partenariat, nous attendons surtout l’échange, la création de synergies entre acteurs français et canadiens et idéalement, au fil de leur réflexion, le développement de projets innovants.

